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La pierre tournante et sa légende

A quelques mètres de la route départementale 149, ancien chemin de Livarot à Fervaques, à la lisière sur la commune de Livarot, se dresse un menhir.
Ce mégalithe d’environ deux mètres de haut est à classer dans ce qu’il est convenu d’appeler "les pierres druidiques" même si les druides n’ont fait que réutiliser ces pierres pour leurs cérémonies.

Leur origine est beaucoup plus ancienne puisqu’on peut légitimement penser qu‘elles sont antérieures aux invasions celtes (qui datent, elles, du VIII ème siècle avant notre ère) et sont l’œuvre de peuplades primitives qui n’ont que peu ou pas laissé de traces.
Une quinzaine de pierres de ce type subsistent dans le Calvados, un peu plus dans l’Orne.

La pierre de Livarot est un conglomérat de type poudingue siliceux, roche sédimentaire détritique faite de débris rocheux arrondis de taille variable "cimentés" naturellement.
La nature de cette roche a d’ailleurs trompé certains observateurs qui virent dans ce menhir les vestiges d’une maçonnerie antique.
Il n’en est rien et le sol, pourvu qu’on le gratte sur quelques centimètres, révèle un peu partout cette roche.
Jaunâtre lorsque la coupure est fraîche, la pierre prend une couleur grisâtre avec l’oxydation et les mousses.

La plupart des pierres druidiques ont donné lieu à de nombreuses légendes ; celle qui nous intéresse n’y a pas échappé.
Les anciens ne pouvaient concevoir qu’une telle édification n’ait été due qu’à la seule action humaine.
En effet, la relative importance de la pierre par rapport à ce qu’on supposait des moyens techniques à disposition de ses contemporains lui conférait inévitablement une origine surnaturelle.
Nos ancêtres y virent l’intervention de "géants", personnages rencontrés dans de nombreuses mythologies ; c’est, du moins, ce qui laisse supposer la toponymie : le lieu-dit porte en effet l’appellation de Mont Jean, altération de Mont des Géants.
Il fallait pour le moins l’intervention de ces créatures pour déplacer une telle masse !

La première légende, relatée par Guilmeth en 1845, est celle du trésor caché.
La pierre tournerait deux fois par an pour donner accès au trésor : "on prétend qu’il existe sous le menhir de nombreux trésors gardés par le démon et qu’il est dans l’année une seule nuit et un seul jour où l’on puisse se les approprier, cette nuit est celle de la veille de Noël au moment où le prêtre chante la généalogie de Jésus-Christ.
Le jour est celui de la fête de Jean-Baptiste, au moment où le prêtre lit les fameuses paroles : EST HOMO FACTUS EST."

Cette légende est loin d’être unique en Normandie puisqu’on rencontre de nombreuses pierres portant le nom de "tourneresses" ou "tournioles" qui auraient, elles aussi, la faculté de tourner la nuit de Noël.

La seconde légende se rattache au mythe de la fécondité.
La pierre levée, lien entre la terre et le ciel, ne pouvait avoir qu’un caractère magique.
Symbole d’une force surnaturelle, les anciens voyaient en elle ce qui dépassait la précarité humaine.
Sa verticalité ne pouvait que lui conférer des vertus fertilisantes.
Symbole donc de fertilité, de fécondité et d’éternité, elle fut l’objet d’un culte secret de la part de jeunes gens des deux sexes qui se livrèrent près de la pierre à certaines pratiques dont l’histoire ne nous dit rien mais qui soulevèrent en leur temps la réprobation des autorités ecclésiastiques.
Guilmeth nous rapporte, à ce sujet, que l’abbé Follin, curé de Livarot de 1808 à 1843 détenait une lettre émanant de Monseigneur de Brances, évêque de Lisieux, qui défendait en 1750 au curé de l’époque d’administrer l’eucharistie aux personnes qui se livraient ainsi au culte impie de la pierre tournante, lequel aurait été selon le prélat, "contraire au Saint-Esprit".
On ne sait ce que l’homme d’église entendait par là. On ne sait pas non plus si ce bel acte de tolérance porta ses fruits...

Les siècles ont passé ; aujourd’hui la pierre tournante est un peu oubliée si ce n’est par quelques organisateurs de rallyes touristiques dominicaux qui la choisissent comme énigmatique étape.

Alors, tourne-t-elle, ne tourne-t-elle pas ?

L’essentiel n’est il pas qu’elle nous fasse un peu tourner la tête ?

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